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Maïeul Rouquette

La boite à souvenir

vendredi 14 juin 2019 à 21h38

Mes parents déménagent... ils quittent la maison où j’ai grandi.

Alors il faut se résigner à faire ce qu’on n’a jamais fait, faute de temps, de motivation. Mettre en carton, trier, ranger.

Et puis en ouvrant un tiroir, on tombe sur des choses qu’on croyait perdues, comme un diplôme de bac ou une figurine de Tintin d’une collection quasi complète. On tombe aussi sur des choses dont on avait oublié l’existence, et dont on ne sait que faire. Des vieux tracts, des revues politiques, des feuilles de chant de messe. On les jette, car on sait qu’on n’a déjà plus de place chez soi.

Et puis des choses dont on avait oublié l’existence, mais qu’on veut garder : des cd souvenirs de colonie de vacances, des « diplomes » dédicacés remis en fin de séjour. On les emporte, en se disant qu’il faudrait les mettre dans une boite à souvenirs, pour ne plus risquer de les oublier.

Et même des trucs moins joyeux, comme des copies d’examens. On les garde aussi, on ne sait jamais : même les choses a priori les moins intéressantes peuvent nous marquer et nous construire.

Pourquoi l’un, pourquoi pas l’autre ? J’ai remarqué que je garde les objets avec une écriture, ceux qui sont marqués d’une ou plusieurs personne. Pas les produits « standardisé », fussent-ils témoins d’un grand moment de ma vie.

Et quand on sera vieux, on devra peut-être refaire le ménage. Et on retombera sur cette boite à souvenir... et on se souviendra. Mais surtout, ne consultons pas trop souvent la boite. Ce genre de souvenir prend de sa valeur lorsqu’on retombe dessus par hasard. Si on les consulte trop souvent, on s’y enferme, et on s’empêche de se créer de nouveaux souvenirs.

Et quand on sera mort ? Si on a une descendance, ils feront un petit tri. Et garderont, ou pas, une partie. Et nos petits enfants feront aussi un tri dans les objets souvenirs de nos parents. Sinon ma foi, cela ira directement à la poubelle, éventuellement dans des archives si des instances hautes placées jugent que nous avons marqué la société. Mais ces instances n’emporteront que les objets, pas les souvenirs.

Toutefois, le plus probable est que peu à peu s’effaceront nos souvenirs et leurs supports matériels, pour laisser place à d’autres souvenirs, avec d’autres supports matériels. Car ni la mémoire ni la place physique ne sont illimitées.

Et c’est très bien ainsi.


Commentaire

1 Le vendredi 4 octobre 2019 à 15h49 par la mère

Mon cher fils,

et encore tu ne parles que de tes souvenirs à toi, ceux dont tu as produit le support... mais les souvenirs dont tu es dépositaire ou ceux qu’on a fabriqués pour toi ?

Pendant que tu vides ta chambre, je vide la mienne et elle est pleine de souvenirs que mes ancêtres m’ont légués : les bijoux de pacotille de ton arrière grand-mère que j’avais adorés à 12 ans et qui sont abimés. le fichu de ta grand-tante de Grenoble avec un gros trou dedans... bon cela c’est encore facile à trier et puis Emmaus est là ! Et qu’est ce que cela va être quand il faudra vider la maison de 300 m2 de ta grand-mère où elle habite depuis 70 ans et qui a recueilli l’héritage des grands-parents polonais !

Mais surtout ma chambre est pleine de souvenirs qui m’étaient destinés : les lettres de nos parents, faut-il les garder, la maison de famille avallonnaise est pleine des lettres de ma mère à ma grand-mère à qui elle écrivait tous les deux jours. Je n’ai que les dernières lettres de Maman, ma tante et de ma grand-mère... dont je n’ai pas de suite reconnu l’écriture, elle est morte il y a 40 ans maintenant ;

Et surtout que faire de vos souvenirs, ceux que, grâce à vos géniales maîtresses et parfois maîtres d’école, vous nous avez fabriqués : 5 cartons de dessin à vous trois, dont les fameux dessins de toi avec ta sœur dessinée avec « une fermeture-eclair » après son appendicectomie. Et surtout vos magnifiques cadeaux de Noel ou de fête des mères ou des pères. A-t-on le droit moral de les jeter ? Je suis toujours à la recherche de la si jolie broche bleue que tu m’avais faite en maternelle... ta maîtresse m’avait remerciée car je la portais, contrairement à nombre de parents, pas retrouvée peut-être sur un tricot que je n’ai pas encore trié. Mais surtout les sculptures qui ont pris la poussière, ta fleur qui orne la table de ton arrière-grand-tante : elle est cassé, son pot est plein de poussière accumulée en 25 ans. Je suis désolée, mais je dois la jeter Et je vais pleurer...

Bref déménager, c’est dur et puis il faut que je jette encore plus maintenant que je sais que je suis mortelle et que c’est mon dernier déménagement... avant d’aller me reposer à Cure !

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