De la collaboration entre une entreprise de transport et les force de l’ordre

À Strasbourg, la police a réquisitionné un bus CTS pour transporter des manifestantes arrêtées.

Très rapidement les parallèles avec l’emploi de bus en 1942-1944 pour les rafles de juifs ont surgit. J’ai moi même fait immédiatement le parallèle avec la SNCF de 1944. Un dossier que je connaît bien pour avoir été impliqué dans le procès fait par mon grand-père contre la SNCF suite à son transport dans des wagons à bestiaux entre Toulouse et Drancy.

Certaines personnes ont rappelé à juste titre que le but n’est clairement pas le même : la mort final pour les juifves arrêtés, la répression et éventuellement le procès pour les manifestantes. Et que donc toute comparaison serait du relativisme, voire du négationnisme.

Oui ce n’est pas pareil. Mais si on se limite à cela on s’empêche de penser. Comme le dit justement Chapoutot, utiliser l’argument du point Godwin pour refuser toute analogie entre aujourd’hui et les années 30-40, est un « pont aux ânes des paresseux ».

Peu avant sa mort, mon grand-père avait été interviewé par un haut responsable de la gendarmerie. Le but ? « Former une éthique en cas d’arrivée de Jean-Marie Le Pen au pouvoir ».

Et pourtant clairement, Jean-Marie le Pen, bien que négationniste invétéré, ne programmait pas de refaire une shoah directement. Parce qu’aucun pouvoir génocidaire ne programme directement un génocide au moment de son accession au pouvoir. Pas plus les nazis en Allemagne en 1933 que les idéologues de la « Révolution sociale Hutu » au Rwanda de 1959. Mais le génocide arrive au bout d’un processus, plus ou moins long.

Dès lors la question n’est pas de savoir si telle ou telle pratique est similaire à une pratique génocidaire. Mais si telle ou telle pratique présente des analogies avec une logique qui peut conduire, lorsqu’elle est exacerbée, à des génocides.

En l’occurrence, si on focalise sur l’arrivé des nazis aux pouvoirs, les analogies dans les pratiques de l’extrême centre d’aujourd’hui et de 1932-1933 ont déjà été montrées. La question est donc celui de la collaboration entre des institutions et un pouvoir autoritaire.

Or, avec ce qui est arrivé ce soir, qui nous dit que si jamais des fascistes arrivent au pouvoir, les CTS n’accepteront pas de collaborer, progressivement, dans une politique qui pourraient aller de pire en pire, jusqu’à l’irréparable ?

C’est bien en cela que ce qui s’est passé ce soir est un phénomène gravissime. Et ce n’est pas faire insulte aux victimes de la collaboration SNCF-Gendarmerie Nationale de 1944 de le dire. C’est bien au contraire se rappeler que le pire n’arrive jamais que parce qu’on a accepté petit à petit des pratiques « qui en soit ne posent pas de problème ». Ce que montre d’ailleurs très bien le film "Notre Salut".

Dans un contexte où les libertés individuelles s’effondrent sous le poids de la repression, toute institutions qui accepte de collaborer, même de manière minime, avec une telle repression, ouvre la porte à ce que, demain, le pire puisse arriver.

Il nous appartient de déjouer cela. Plus que jamais.