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Maïeul Rouquette

Vous avez dit sacré ?

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mardi 27 septembre 2011 à 22h45

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La marque Eram a lancé une nouvelle campagne de publicité qui choque les associations familiales catholiques.

Somme toute rien d’étonnant, puisque cette campagne dit publiquement une chose que ces associations ne veulent pas voir en face : la famille mononucléaire hétérosexuelle n’est plus aujourd’hui le modèle unique de famille.

On pourrait relever que ce type de famille n’est pas plus « traditionnelle » que toutes les valeurs traditionnelles, mais qu’elle est fruit d’une certaine époque, en l’occurrence le tournant entre le 18è et le 19è siècle [1]. Que la manière d’envisager les relations de parentés évolue et change avec le temps : le pater familias de la Rome antique avait-il quelque chose à voir avec le « chef de famille » qu’était, jusque dans les années 1960, le mâle de la maisonnée ? Et que dire de la manière dont la parenté au moyen-âge s’est restructuré, sous la double influence des modèles germaniques et latins combinée à l’action du clergé [2] ?

Mais à quoi bon aller plus loin ? Ce serait répéter une chose connue : les traditionalistes, de quelques obédiences qu’ils soient, confondent bien souvent la tradition avec une tradition.

Non, ce qui m’intéresse dans ces publicités et les attaques qui les suivent, c’est comment les premières sont révélatrices de l’idôlatrie consumériste contemporaine, et comment, par conséquent, les secondes se trompent de cible en attaquant une conception de la famille et non pas une conception du sacré.

Regardons ces publicités. Qu’y voit-on : une phrase choc, finissant par « la famille c’est sacré ».

En dessous, trois paires de chaussures avec le tarifs et le slogan « il faudrait être fou pour dépenser plus ».

L’effet dans l’esprit est simple : la position du texte indique que, ce qui finalement est sacré, ce sont les chaussures, puisque ce sont elles qui sont mises en valeurs. La famille n’est qu’un vecteur vers la sacralité des chaussures.

Encore que non, ce n’est pas les chaussures qui sont sacrées : c’est leur achat. Comme en témoignent les prix et le mot « dépenser » dans le slogan.

Donc le message est : « acheter des chaussures, chez Eram, c’est sacré, puisque cela sert la famille qui est elle même sacrée ».

Si je prend mon petit Larousse, édition 1998, à l’entrée « Sacré, e » j’obtiens la définition suivante :

  1. Qui a rapport au religieux, au divin (...)
  2. À qui ou à quoi l’on doit un respect absolu ; qui s’impose par sa haute valeur.

Laissons de côté la première définition et voyons ce que la seconde implique pour notre problème.

« L’acte d’acheter des chaussures, chez Eram, c’est sacré, on lui doit un respect absolu. Donc on doit acheter ces chaussures chez Eram ».

Voilà donc érigé au rang de Dieu un acte, celui d’acheter des chaussures. Mais, attendez que nous dit la bible sur le fait de rendre un culte à quelqu’un d’autre que Dieu ?

Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi.

Ex 20, 3 (Bible de Jérusalem (1973))

Tiens, bizarrement aucune campagne internet des catholiques conservateurs pour violation du premier commandement ...

Et pourtant, quelles conséquences pour l’homme et la création ! Conséquence sur le rapport au travail, qui devient un simple outils pour gagner de l’argent afin d’acheter.
Conséquence évidemment sur la planète. Conséquence sur nos rapports aux autres : puisque que je peux consommer, pourquoi m’intéresserai-je à l’autre ?

Bref, il y aurait beaucoup de chose à dire sur cette publicité d’un point de vu chrétien...

Mais voilà : il est plus facile de remettre en cause le mode de vie des autres : « bouh il est homosexuel », « bouh il est divorcé-remarié » que de réfléchir à son propre rapport à la consommation.

[1Voir par exemple la synthèse suivante : Jean-Louis Flandrin, Familles : Parenté, maison, sexualité dans l’ancienne société, Paris, Seuil, 1995.

[2Voir par exemple pour une introduction Didier Lett, Famille et parenté dans l’Occident médiéval, Ve-XVe siècle, Paris, Hachette, 2000.


Commentaires

1 Le jeudi 27 octobre 2011 à 4h24 par Durandal

Vous avez raison de dire que cette publicité est moralement condamnable car elle sacralise conceptuellement les souliers. C’est un angle d’analyse qui n’a apparemment pas été abordé par les détracteurs de cette pub insolente et provocatrice.

Cependant, l’homosexualité dont elle fait la promotion n’en est pas moins inadmissible d’un point de vue chrétien & biblique (Romains 1:26-27, 1 Timothée 1:10, 1 Corinthiens 6:9-10, Éphésiens 5:5, Galates 5:19-21, Apocalypse 21:8 --- notons « les efféminés » auxquels l’apôtre Paul se réfère désignaient clairement les homosexuels dans la culture gréco-romaine : http://larevuereformee.net/articlerr/n229/lapotre-paul-et-la-sexualite

Il est vrai que la famille nucléaire telle qu’on la concevait du XVIe jusqu’au milieu du XXe siècles n’était pas un modèle absolu dans les époques précédentes. Au Moyen Âge, la maisonnée pouvait inclure non seulement famille immédiate mais aussi la famille éloignée, voir des amis, apprentis, etc. Mais jamais, au grand jamais, de société chrétienne n’a admis et n’admettra que l’union conjugale au cœur de la maisonnée soit de nature autre que monogame et hétérosexuelle, car tout autre type d’union est contraire à la Parole de Dieu (Saintes Écritures) et à au Droit naturel (créé par Dieu = biologie élémentaire). Pour ce qui est de l’Antiquité païenne, c’est un contre-exemple.

2 Le jeudi 27 octobre 2011 à 12h17 par Maïeul

Bon,

alors sur l’homosexualité dans la Bible, je vous invite à lire les études de David et Jonathan http://www.davidetjonathan.com/spip.php?article155.

On connaît l’orientation théologique de la revue réformée. Je ne dis pas que moi même en ai pas (au contraire, je soutiens mordicus que christianisme et homosexualité ne sont absolument pas incompatible mais que le christianisme étant une religion souple, il a suivi les normes morales des différentes époques qu’il a traversé, et qu’en ce sens je ne vois pas de raison inhérente au christianisme de condamner l’homosexualité. Paul pour moi n’est pas la parole de Dieu, mais un chrétien parmis d’autres qui exprime sa conception de la foi. La seule Parole de Dieu, c’est le Christ. Or je ne vois pas chez lui de condamnation de l’homosexualité, en revanche de l’idolatrie oui.). Simplement d’autres interprétations des textes Pauliniens sont possibles (on peut trouver un résumé dans Raymond Brown, Que sait-on du nouveau testament, Bayard, 2000 p. 575-576, qui soutient la thèse de la condamnation de toute relation non héterosexuelle, mais qui renvoi vers d’autres thèses.

Voilà pour le côté biblique. Passons au côté droit naturelle. Si la nature condamne l’homosexualité, pourquoi y a-t-il des homosexuels ? Est-ce la seule culture ? Mais on constate de l’homosexualité chez nos proches cousins les singes. De plus si vous discutez avec un tant soi peu avec des homosexuels, vous constatez que ceux-ci ne choisissent pas plus d’être homo que vous et moi d’être hétéro. Ils se sentent naturellement homo, et ce qui peut les gêner, c’est le regard de la société. Conclusion : l’homosexualité n’est pas contre nature, mais fait parti de la nature même.

3 Le dimanche 15 janvier 2012 à 21h20 par jean-pierre

peut-être faut-il distinguer attirance sexuelle et mariage social destiné à fonder un foyer avec descendance à la clef pour assurer la perpétuation de l’espèce. Mais même là, il peut y avoir discussion aujourd’hui, étant donné nos connaissances actuelles en matière d’insémination artificielle et de mères porteuses que n’avait pas les docteurs de l’église. Un problème reste en suspend : quel statut pour les enfants adoptés ou les enfants conçus hors mariage ?

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