Aller à l'accueil | Aller au menu | Aller au contenu | M'écrire | Aller à la citation | Aller aux pétitions
Maïeul Rouquette

L’Église vieille catholique

|

jeudi 11 mars 2010 à 23h00

Enregistrer au format PDF

Je publie ici un la version longue d’un article destiné à être publié dans Lutin et Calvaire. Mes remerciements à Bernard Vignot pour ses conseils, remarques et relectures.

À la faculté de théologie protestante, on aime me qualifier de catholique romain. Comme pour rappeler que l’Église dont je suis membre n’a pas le monopole de la catholicité, et c’est vrai : oui, théologiquement on peut – et on doit, dire, que les Églises issues de la réforme sont catholiques.

Mais catholicité n’est pas catholicisme. Alors que la première est un attribut théologique de l’Église « universelle », le catholicisme est une fraction du monde chrétien – comme le protestantisme ou l’orthodoxie en désigne une partie. Qu’entend-je par ce terme de catholicisme ? D’une part, j’entends qu’il s’agit d’un christianisme occidental, même s’il a pu s’exporter sur d’autres continents. D’autre part, je le distingue, à l’intérieur du christianisme occidental, du protestantisme [1] :

La tentation serait grande de réduire le catholicisme au catholicisme romain, et pourtant il existe des Églises qui font partie du catholicisme tout en n’étant pas romaine, car ne se rattachant pas à l’autorité de l’évêque de Rome. Ces Églises ne peuvent être qualifiées de protestantes.

La plus importante, la plus structurée, et sans doute « la plus sérieuse » [4] est l’Église vieille-catholique, connue en suisse sous le nom d’Église catholique chrétienne [5]. En France, elle est très peu présente (cinq paroisses : en Alsace, en Normandie, dans le Nord et à Paris ainsi qu’une fraternité par internet pour la diaspora [6] peut-être cent cinquante membres), mais en Suisse elle dispose de trente-trois paroisses, et on la retrouve aux Pays-Bas, en Allemagne, Australie Autriche, République Tchèque, Pologne, Croatie, Italie, Suéde et Danemark [7]. A proprement parler, il s’agit d’une union d’Églises indépendantes mais coordonnées entre elle par la conférence des évêques vieux catholiques [8], dont le président est l’archevêque vieux-catholique d’Utrecht.

Pour en comprendre la spécificité, il faut remonter à son histoire. En 1723 un conflit éclate entre Rome et la communauté catholique d’Utrecht (Pays-Bas), proche de la mouvance de Port-Royal. Les chanoines veulent élire un évêque – il n’y en avait plus depuis la Réforme, mais Rome s’y oppose. Ils élisent quand même Cornelius Steenoven, qui est ordonné par Dominique Varlet, évêque missionnaire de Babylone suspendu par Rome, ce qui leurs valent l’excommunication [9]. L’Église Catholique-romaine du clergé vieil-épiscopal est née.

Au cours du 18e siècle, Rome tente de renforcer son pouvoir sur les Églises « nationales », qui étaient relativement autonomes (mouvement gallican en France, joséphiste en Allemagne etc.). Durant le 19e siècle, elle y arrive, notamment avec la promulgation en 1854 du dogme de l’Immaculée Conception et en 1870 celui de l’infaillibilité pontificale. Mais cette centralisation n’est pas du goût de tout les catholiques. A partir de 1871 des « dissidents » excommuniés pour refus du dogme de 1870 s’organisent. L’archevêque vieux catholique d’Utrecht propose de les aider, notamment en ce qui concerne les sacrements. [10]

En 1889, est créée l’Union d’Utrecht. Sa déclaration de principe :

C’est donc cette union que l’on désigne couramment sous le nom d’Église vieille-catholique. Mais cet adjectif « vieux » ne doit pas être compris comme synonyme de « conservateur » ou « réactionnaire ». Il s’agit simplement d’affirmer le souhait d’un retour à la primitive Église. Mais ce retour n’est pas blocage dans le passé, mais appui pour avancer vers l’avenir.

Par bien des aspects, l’Église vieille-catholique est très progressiste par rapport à l’Église catholique Romaine. Dès 1877, certaines des futures Églises membres ont adopté les langues vernaculaires pour la liturgie. Aujourd’hui, la plupart des Églises membres de l’union acceptent l’ordination des femmes et le mariage des prêtres. Les questions d’éthiques, notamment sexuelle, sont traitées de manière ouverte : « L’avortement, l’homosexualité, le concubinage ou la contraception ne font pas l’objet de discussions polémiques. » [13]. En Suisse, les couples de même sexe peuvent recevoir une bénédiction. L’organisation de ces Églises est de type épiscopo-synodal et les laïcs y jouent un grand rôle. Même si l’ordination confère le pouvoir de célébrer l’eucharistie, et donc met « à part » les ministres ordonnés [14], les prêtres et les évêques sont élus par les fidèles, qui participent à la plupart (l’ensemble) des grandes décisions engageant l’église.

Signalons aussi que cette union est très investie dans le domaine œcuménique. Depuis 1931, elle est en communion avec l’Église anglicane, ce qui permet l’échange de ministre et l’inter-communion eucharistique. Elle est également membre fondatrice du Conseil Œcuménique des Église. Et dès 1889, l’idée œcuménique fait parti de sa déclaration : « Nous espérons qu’en se tenant fermes aux croyances de l’Église indivisée, les théologiens réussirons à provoquer une entente sur les divergences nées des schismes. Nous exhortons les ecclésiastiques placés sous notre direction à enseigner, en chaire et en catéchisme, en premier lieu les vérités chrétiennes essentielles communément professées par toutes les confessions séparées, d’éviter sans scrupule toute transgression de la vérité et de la charité dans l’exposé des divergences encore existantes et d’inciter, par la parole et par l’exemple, les fidèles de nos paroisses à se comporter envers les autres croyants selon l’esprit de Jésus-Christ notre Sauveur à tous. » (art. 7).

A titre de conclusion personnelle, je dirais que l’Église vieille-catholique est ainsi que ce que de nombreux catholiques romains, attachés à la forme catholique du christianisme (et ne pouvant pour cela devenir protestant) « progressistes » souhaiteraient que leur Église soit : une Église ouverte au monde d’aujourd’hui, plus démocratique, laissant plus de voix aux laïques. Une église loin des polémiques déclenchées par le pape en 2009. Une Église qui ne condamne, mais annonce la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu. Pourquoi ne la rejoigne-t-il pas ?

En ce qui me concerne, la raison est simple : ma foi et ma vie ecclésiale, je les vis dans ma paroisse, dans mon diocèse, pas dans ce que l’évêque de Rome et la Curie disent. Et puis on n’abandonne pas une barque – qui se prend pour un navire - qui vous a conduit à Jésus-Christ, même si on n’est pas d’accord avec toutes les orientations de cette barque. Malgré ses défauts, je resterai reconnaissant à l’Église Catholique Romaine, y compris ses institutions, de m’avoir transmis la foi, ce « baiser d’amitié de Jésus » [15].

Ps : le numéro de lutin et calvaire est sorti : http://lutinetcalvaire.com/Lutin-et-Calvaire-8.html

[1Dans lequel j’inclus l’anglicanisme, ce qui est à discuter.

[2Un de mes professeurs dit que si la liturgie était un cercle, elle aurait la prédication comme centre en monde réformé, l’eucharistie en monde catholique. Et en monde luthérien, elle serait une ellipse. Cette métaphore serait à bien sûr à nuancer, surtout avec les évolutions effectués dans les églises depuis le 19e siècle.

[3Article qui fait tenir ou tomber l’Église.

[4Mais qui suis-je pour juger du « sérieux » d’un Église ?

[5En ce qui concerne les autres Églises catholiques non romaines, leurs nombres et leurs variétés sont si importantes qu’il faudrait des pages pour les décrire. Je renvoie à deux ouvrages de Bernard Vignot : Les Églises parallèles (éd. Du Cerf) et Répertoire d’Eglises et de Communautés indépendantes d’origine catholique (ou de sensibilité orthodoxe) (fasicule édité par l’auteur lui-même).Voir aussi Wikipédia.

[8Pour être encore plus précis, les branches Croates, Italiennes, Suédoises, Danoises et Françaises ne sont que des juridictions ecclésiales dépendantes de la conférence.

[9De nombreuses Églises catholiques non romaines (et non membres de l’Union d’Utrecht) se réclament de la succession apostolique via Mgr Varlet.

[10Car selon la conception du catholicisme, seul un ministre ordonné peut administrer les sacrements.

[11A noter qu’en 1950, l’Union publie une déclaration rejettant le dogme de l’Assomption de Marie que Rome vient de promulgué.

[12Sur la question du caractère sacrificiel de l’eucharistie, point d’achoppement au 16e siècle, elle affirme « La célébration eucharistique dans l’Eglise n’est point une répétition continuelle, un renouvellement du sacrifice expiatoire que le Christ a offert sur la croix une fois pour toutes. Le caractère de sacrifice de la cérémonie réside dans la mémoire qu’elle perpétue et dans la représentation terrestre réelle de ce sacrifice unique du Christ pour le salut du genre humain »

[13Interview d’un vieux catholique dans le mensuel Évangile et Liberté. http://www.evangile-et-liberte.net/elements/numeros/217/article10.html

[14Ainsi, contrairement au monde réformé, un laïc ne peut pas, même mandaté, célébrer les sacrements.

[15Pour reprendre les mots de Mgr Vercammen, actuel archévêque vieux-catholique d’Utrecht, « L’Etre vieux-catholique comme Savoir vivre »


Commentaires

1 Le mardi 6 avril 2010 à 21h53 par Z

Tien tiens !!!

Alors comme ça Maieul, tu as fréquenté (ou tu fréquentes) l’IPT !!!
Eh ben on a dû se croiser (j’y ai fait une licence) !!

Depuis le temps qu’on se croise sur IRC, j’étais loin de m’imaginer ça !

Peut-être à bientôt aux grottes !

Z (spipeuse protestante :-))

PS : Du coup, je vais me plonger dans la lecture de ton article :-p

2 Le vendredi 28 janvier 2011 à 17h19 par Michel Grab, prêtre vieux catholique

En citant les pays où est implantée l’église vieille catholique, vous citez l’Australie. Je suppose qu’il s’agit en fait de l’Autriche ; il n’y a pas, en effet d’église vieille catholique, du moins rattachée à l’Union d’Utrecht en Australie. Par contre, il y en a une, bien vivante en Autriche.

3 Le vendredi 28 janvier 2011 à 17h47 par Maïeul

Effectivement, j’ai fait un lecture trop rapide du site de l’union d’Utrectht.

merci pour votre remarque

4 Le jeudi 31 mai 2012 à 11h53 par St Hilaire

Il faut aussi noter l’existence de l’Eglise Vieille Catholique Romaine, issue de la branche britannique du vieux-catholicisme.
Il existe un diocèse en France : www.orcce-france.com

5 Le mercredi 6 mai 2015 à 17h09 par Arthur Lubwika

Je voudrais en savoir davantage sur l’eglise catholique chretienne. Les conditions d’integration pour un ecclesiastique venant de l’eglise catholique romaine. En union de priere.

6 Le mercredi 6 mai 2015 à 17h35 par Maïeul

En France il n’église pas vraiment de paroisse catholique chrétienne. En suisse voir http://www.catholique-chretien.ch/index.php

Attention, méfiez vous : de nombreuses Églises se réclament du vieux catholicisme mais sont en réalité des mouvements isolés et quasiment fondé pour les besoins d’un prêtre spécifique. Assurez vous que vous contactez bien une église membre de l’Union d’Utrecht

7 Le dimanche 7 août 2016 à 23h06 par Rane

Voici, la liste des communautés vieille-catholique en France et en Belgique ; https://sites.google.com/site/mivicafrancophoneuniondutrecht/les-pretres-de-la-mission-francophone

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Accueil | Dernier billet | 136 billets | 252 commentaires | Réalisé avec Spip | Hébergé chez All2All