Jésus parlait souvent par parabole, c’est à dire sous la forme de récit métaphorique.
Aux disciples qui l’interrogent sur le royaume des cieux, il répond
25 14 « C'est comme un homme qui, partant en voyage, appela ses serviteurs et leur remit sa fortune.
15 A l'un il donna cinq talents, deux à un autre, un seul à un troisième, à chacun selon ses capacités, et puis il partit. Aussitôt
16 celui qui avait reçu les cinq talents alla les faire produire et en gagna cinq autres.
17 De même celui qui en avait reçu deux en gagna deux autres.
18 Mais celui qui n'en avait reçu qu'un s'en alla faire un trou en terre et enfouit l'argent de son maître.
19 Après un long temps, le maître de ces serviteurs arrive et il règle ses comptes avec eux.
20 Celui qui avait reçu les cinq talents s'avança et présenta cinq autres talents : «Seigneur, dit-il, tu m'a remis cinq talents : voici cinq autres talents que j'ai gagnés. » -
21 «C'est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai ; entre dans la joie de ton seigneur».
22 Vint ensuite celui qui avait reçu deux talents : «Seigneur, dit-il, tu m'as remis deux talents : voici deux autres talents que j'ai gagnés. » -
23 «C'est bien, serviteur bon et fidèle, lui dit son maître, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai ; entre dans la joie de ton seigneur».
24 Vint enfin celui qui détenait un seul talent : «Seigneur, dit-il, j'ai appris à te connaître pour un homme âpre au gain : tu moissonnes où tu n'as point semé, et tu ramasses où tu n'as rien répandu.
25 Aussi, pris de peur, je suis allé enfouir ton talent dans la terre : le voici, tu as ton bien. »
26 Mais son maître lui répondit : «Serviteur mauvais et paresseux ! tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que je ramasse où je n'ai rien répandu ?
27 Eh bien ! tu aurais dû placer mon argent chez les banquiers, et à mon retour j'aurais recouvré mon bien avec un intérêt.
28 Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui a les dix talents.
29 Car à tout homme qui a, l'on donnera et il aura du surplus ; mais à celui qui n'a pas, on enlèvera ce qu'il a.
30 Et ce propre à rien de serviteur, jetez-le dehors, dans les ténèbres : là seront les pleurs et les grincements de dents. »
Mt 25, 14-30 (Bible de Jérusalem (1973))
La première fois, que j’ai entendu ce texte, je devais avoir 10 ans. Je me suis dis "le maître est un vilain". Maintenant, je me dirais "la maître est un vilain capitaliste productiviste".
Mais en interprétant, on se rend bien compte qu’il ne s’agit pas de cela.
Le premier indice est le mot même de "talent", qui était certes une monnaie, mais possède aussi le sens que l’on connaît à l’heure actuelle [1].
Ensuite, le maître ne reproche pas au troisième ouvrier de ne pas avoir réussi, mais de ne pas avoir tenté de faire fructifier ses talents, pour lui et pour les autres.
De plus, le maître ne récupère pas les talents pour lui, au contraire, il les donne à ses serviteurs !
Non, le seul passage qui me paraît "dérangeant" est les derniers versets où il dit que "celui qui a point, même ce qu’il a lui sera pris". N’est ce pas en contradiction avec la béatitude "heureux les pauvres, le royaume de Dieu est à eux ?" . Mais dans notre cas, celui qui a rien est celui qui a refusé de se servir des dons du maître [2].
Bon, dans la pensée de Jésus, le maître est la métaphore de Dieu [3].
Et nous avons donc un Dieu qui est exigeant, mais qui l’est non pas pour lui-même, à son profit, mais pour notre bien. Il nous demande de faire fructifier au maximum nos talents, car sinon, ils ne servent à rien.
A chacun selon ses moyens, Dieu confie un tâche avec les talents associés.
Et là question que l’on peut se demander, c’est comment peut-on réussir cette tâche ?
En effet, dans notre monde actuel, la priorité est donnée au travail, en grande partie du fait du productivisme.
Or si certains arrivent à s’épanouir dans le travail, à faire "fructifier leur talents" dans le travail, cela n’est pas le cas pour tous.
Il est donc nécessaire de sortir de cette logique du travail, de l’emploi, pour rentrer dans un logique de l’activité. Non pas un travail pour tous, mais une activité pour tous, où tous peuvent s’épanouir.
Vers une société de pleine activité ?
Encore faut-il pouvoir vivre. Donc, séparer le revenu du travail - vu qu’une société de pleine activité n’est pas nécéssairement une société de plein travail.
Et c’est là où mon engagement de chrétien rejoint mon engagement de jeune Vert.
Car il s’agit bien là de "l’Utopie Verte", où du moins d’une partie de l’Utopie Verte.
Les Jeunes Verts ont développé cette idée - et d’autres - dans une brochure "L’urgence du Développement Soutenable" et dans un article "Un revenu est un droit".
Utopie ? Certes, mais Utopie réalisable. Utopie qui n’exclue pas la liberté individuelle, comme le communisme "marxiste-leniniste", qui n’exclut pas ce qui ne suivent pas les plus "faibles" comme le libéralisme.
PS
J’ai depuis écrit une exégèse de cette parabole des talents. Vous pouvez la lire ici
















