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Maïeul Rouquette

Un quand un penseur athée intelligent ?

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lundi 16 février 2009 à 0h23

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Un propos d’un traité d’athéologie

Régulièrement, sur le site rue89 arrive des articles traitant de Dieu, de la religion etc. Et régulièrement dans les forums on trouve mentionné le Traité d’Athéologie de Michel Onfray. Avec en général des cris enthousiastes. Exemple :

A lire ou à relire avec délectation le :
Traité d’athéologie de Michel Onfray, édité en livre de poche.
Sobre, éclairant et à la portée de tous. Ahhhhhhh !!!!!!!! Une grande bouffée d’air pur… On se sent soudain léger et plus intelligent.

J’ai lu personnellement ce traité. Par morceau, je l’avoue. Disons le tout de suite : ce n’est pas un traité d’athéologie, mais plutôt un traité anti-religieux. Ce n’est pas un traité d’athéologie, dans la mesure où il ne construit pas, ne propose pas une vision du monde et de l’homme construite à partir de l’affirmation existentielle « il n’y a pas de Dieu ». Contrairement aux traités de théologie, aux dogmatique de théologie, qui parte d’un axiome « Dieu existe » avec en général, du moins dans la théologie chrétienne protestante, un deuxième axiome « Dieu se révèle dans l’Ecriture » [1].

La conséquence d’un tel parti pris est évident : le traité d’athéologie est une accumulation d’erreur sur ce qu’est la religion, une accumulation de la liste de tout ce que les religions ont pu faire de mal (inquisition, guerre etc.). En oubliant les « aspects positifs » : développement des hôpitaux (et oui), rôle possible des religions dans la critique sociale (quid des théologies de libération ?).

Limiter les religions à leurs horreurs, c’est un peu comme limiter le communisme au goulag, en oubliant les congés payées et les droits sociaux.

De plus, Onfray semble ignorer la grande diversité des positions théologiques existantes, à l’intérieur même d’une religion. Or cette variété des théologies n’est-t-elle pas la preuve que la religion n’est pas du bourrage de crâne [2] ? Car pour qu’il y variété, il faut qu’il y est débat, et motif de débat, et réflexions.

Sans compter la conclusion qui est un véritable plaidoyer anti-tolérance :

Car en mettant à égalité toute les religions et leur négation, comme y invite la laïcité qui triomphe aujourd’hui, on avalise le relativisme (..)
Ce relativisme est dommageable. Désormais, sous prétexte de laïcité tout les discours se valent : l’erreur et la vérité, le faux et le vrai, le fantasque et le sérieux. Le mythe et la fable pèse autant que la raison. La magie compte autant que la science.

 [3]

Passons sur l’assimilation de la religion à la magie, ce qui prouve que Onfray n’a rien compris à ce qu’est la foi, en tant que fides qua. [4].

Mais un tel texte ne souffre-t-il pas des parallèles avec celui-ci ?

L’œcuménisme est pratiquement la même erreur que la liberté religieuse. Celle-ci concerne la liberté qu’on donne à toutes les erreurs et aux faux cultes dans la société. L’œcuménisme est la même attitude de la part de l’Eglise elle-même lorsqu’elle reconnaît les fausses religions comme plus ou moins légitimes.

D’où vient ce texte ? Vous vous en seriez douté : du site de la Fraternité Saint Pie X.

Dans les deux cas, nous sommes en face d’individu ayant la certitude, la conviction, qu’il détienne la vérité. On peut avoir dans son for intérieur la conviction de toucher à la vérité, mais pas à la vérité en soi.

Excursus : sur la rationalité de la foi

Il est montrer depuis Kant qu’on ne peut prouver ni l’existence, ni la non-existence de Dieu. Certains athées disent « les croyants déclarant l’existence de quelque chose qui n’apparaît pas comme évident, c’est à eux d’en démontrer l’existence, et non aux athées d’en démontrer la non existence ».

Une telle démonstration serait le contraire de la foi, puisque celle-ci est d’abord confiance, et non pas certitude démontrable.

Il me semble que c’est le théologien Hans Küng qui émet cette piste [5] : on ne peut démontrer l’existence de Dieu, il n’y a pas de preuve, mais un certain nombre d’indices nous laisse à penser qu’il peut exister [6]. Dès lors, c’est à l’homme de faire le pas de la confiance – ou non – en Dieu.

Autre argument « la croyance [7] n’est pas rationnelle, donc je ne crois pas ». Et alors ? Il existe des tas de chose non rationnel dans la vie. Par exemple : est-ce réellement rationnel de tomber amoureux d’une personne ? En soi, c’est une perte d’énergie énorme non ? Pourtant, peu de gens diront qu’ils n’ont jamais été amoureux [8].
Est-ce rationnel d’aimer Mozart plutôt que Bach (ou tout autre musicien) ?

Alors pourquoi sous prétexte que la foi a sa dose d’irrationnel, il faudrait d’embler l’exclure. Qu’on n’ai pas la foi, c’est un droit, mais n’argumentons pas en disant que c’est parce que c’est irrationnel.
« Certaines choses échappent à la raison … ça ne les rend pas moins raisonnables pour autant » [9].

A quand un penseur athée intelligent ?

Le titre est, je l’avoue, un peu provocateur. Mais bon, quand je lis sur certains forums que les croyants sont tous forcément à moitié neuneux …

Donc je corrige « à quand un penseur athée ayant une réflexion athéologique intelligente ? ».

Qu’entend-je par « réflexion athéologique intelligente » ? J’entends une proposition de compréhension du monde et de l’homme à partir du postulat (non démontrable) « Dieu (ou la Transcendance) n’existe pas ». Et non pas, comme Michel Onfray, une réfutation des religions, même si elle peut, et la tâche n’est pas difficile, être mieux construite que celle de Onfray [10] Ou du moins, pas une limitation à la réfutation des religions ou de « l’hypothèse Dieu ».

Une telle œuvre serait à la foi souhaitable pour les athées, et pour les croyants, qui auraient de quoi nourrir leurs propres réflexions.

[1il s’agit de ce qu’on appel les prolégomènes, c’est à dire les moyens de faire de la théologie de tenir un discours sur Dieu.

[2même si certaines fois elle peut prendre cette forme.

[3Michel Onfray, Traité d’Athéologie, p.260-261.

[4La fides qua est la foi en tant que mouvement, que relation de confiance à Dieu. La fides quae le contenu de la foi (les doctrines). La première a, à mes yeux, priorité sur la seconde, même si il faut faire un compte-rendu de ce que la foi implique comme regard sur le monde, rôle de la fides quae.

[5malheureusement je n’ai lu qu’un résumé de sa thèse.

[6Par exemple : les physiciens sont assez étonnés du fait que tout semble comme si les constantes de l’univers étaient spécialement déterminées pour que l’homme puisse exister.

[7bien souvent, c’est le terme « croyance » et non « foi » qui est utilisée, ce qui montre une méconnaissance théologique .

[8bien sûr, le phénomène amoureux permet la reproduction, ce qui serait son côté rationnel selon certains. Mais on pourrait imaginer un système reproductif sans phénomènes amoureux.

[9Emilie, in Manu Larcenet, Le combat ordinaire. T3 – ce qui est précieux p.19.

[10Mais il y aura toujour à mon avis le problème de base, qui est qu’il existe un nombre quasi-infini de théologie possible. Et que donc la tâche de réfutation est infinie


Commentaires

1 Le lundi 16 février 2009 à 9h11 par Régis

Sous prétexte de laïcité, nous dit Onfray, l’erreur et la vérité, le faux et le vrai se valent — en désignant bien sûr par faux, les religions. Il est utile, pour aborder ce genre de questions épistémologiques, de lire Popper, qui, lui, comme d’autres positivistes viennois de son époque, est un vrai rationaliste, honnête et intelligent. Onfray devrait en prendre de la graine :-p

2 Le lundi 2 mars 2009 à 15h40

Un caractère accentué est erroné dans le titre de l’article : è -> é. :-)

3 Le lundi 2 mars 2009 à 18h19 par Maïeul

merci noble inconnu(e ?)

c’est corrigé

4 Le lundi 2 mars 2009 à 23h48 par cvallois

athé ou croyant tout cela repose repose sur un dogme non raisonné et non argumenté, tu devrais lire avec intéret albert jacquart (l’équation du nénuphar) où il parle d’ agnosticisme, véritable vision humaniste et tolérante de la relation que l’on peut avoir vis à vis du concept de divinité.

Un collègue spipien

5 Le mardi 3 mars 2009 à 12h49 par Maïeul

le problème de l’agnosticisme, s’il me parait effectivement le plus « rationnel » quand à la question de savoir s’il y a où non une divinité (vu qu’il dit qu’on ne peut pas savoir), est que justement il n’aboutity sur aucune réponse.

véritable vision humaniste et tolérante

C’est possible d’avoir une foi, et d’admettre avec tolèrance (au sens noble du terme) que les autres n’en non pas.

athé ou croyant tout cela repose repose sur un dogme non raisonné et non argumenté

Justement, comme j’explique, ily a des tas de chose qui ne repose sur aucune argumentation (le sentiment amoureux par exemple), ce qui n’empêche pas d’être raisonable. Le tout est d’avoir conscience que justement cela ne relève pas du démontrable (credo quiam absurdiam)

6 Le jeudi 19 novembre 2009 à 1h55 par Greg

je ne te rejoins pas totalement quand tu dis que le livre d’Onfray ne construit pas une athéologie. Tu as raison sur le fond certes, mais tu oublies le principal : le fait que le traité d’athéologie est un torchon innomable, très loin de la rigueur intellectuelle de ceux que Ricoeur appelle les « maîtres du soupçon » (Marx, Freud, Feuerbach, Russell...). Le livre de Michel Onfray est une collation de lieux communs digne du comptoir du café de la gare. Un exemple parmi tant d’autres : M. Onfray défend dans son livre la thèse mythiste (Jésus n’a pas d’existence historique) alors même que les milieux académiques ont abandonné cette thèse (qui n’a de toute façon jamais été très répandue) depuis 70 ans !!! Et il ose dire que c’est parce que le Nouveau Testament n’a jamais été soumis à un véritable examen critique... Alors que tout antiquisant un tant soit peu cultivé sait que le NT est le texte ancien qui a justement été le plus décortiqué dans tout les sens !!! Il n’y a guère que les textes platoniciens et aristotéliciens qui ont été autant ausculté que le texte biblique. Manifestement M. Onfray ignore ce qu’est la critique textuelle et rédactionnelle, ainsi que l’éxegèse historico-critique... Bref il a juste 250 ans de retard... Pas terrible pour un type voulant pourfendre l’obscurantisme... Un autre exemple : il diagnostique un syndrome d’hystérie chez Paul, pour ce faire il se livre à une psychanalyse de l’apôtre. Généralement, faire une psychanalyse implique une relation directe entre le thérapeute et le patient, et de nombreuses séances. M. Onfray lui fait la même chose avec les quelques textes de Paul que l’histoire nous a transmis, et cela sans tenir compte de la langue et du langage. Paul écrit en grec d’une part, et, au-delà de la simple barrière de la langue, n’utilise pas le même langage que nous (par exemple un chinois et un indien d’Amérique pourrait tout deux parler de la lune, ils mobiliseraient pour ce faire des champs sémantiques et symboliques très différents). Un bel exemple d’abus de méthode...
Et on pourrait soumettre absolument tout le livre à ce genre de critique... Voilà dsl d’avoir été si long mais j’ai ça sur le coeur depuis longtemps !!!

7 Le jeudi 19 novembre 2009 à 17h56 par Maïeul

@greg

je crois qu’on est d’accord sur le fond. Mais pas sûr ce qu’est une athéologie.

Pour moi, une véritable athéologie serait l’élaboration d’une vision du monde, de l’homme, de D. etc en partant du postulat qu’il n’y a pas de Dieu. Or Onfray ne fait pas cela : il s’acharne à démontrer, de manière erronnée, que Dieu n’existe pas.

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