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Maïeul Rouquette

Pour 2017, cela sera sans moi

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dimanche 20 octobre 2013 à 22h57

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Monsieur le président, monsieur l’ex candidat « socialiste »,

le 6 mai 2012 dans l’après-midi j’ai été dans l’isoloir de mon bureau de vote, et j’ai glissé dans mon enveloppe un bulletin portant votre nom : François Hollande.
Oh, je ne m’attendais pas à grand chose. Votre discours du Bourget ne me convainquait qu’à moitié de la sincérité de vos attentions en matière de lutte contre la finance.

Néanmoins, le 6 mai 2012 au soir, je me suis rendu dans un bar, où divers militants de gauche attendaient les résultats. Apprenant la défaite de celui dont j’avais honni la politique, je me suis réjoui. Comme tous ces militants. J’ai même été faire la fête sur la grande place de ma ville. Du PS au Front de Gauche en passant par EELV, nous oublions nos disputes, ravis de voir parti celui qui incarnait :
- le pouvoir personnalisé à outrance
- la violation de l’opinion des parlementaires
- la chasse à l’étranger
- les cadeaux aux plus riches

Je me suis même risqué à dire à une petite fille d’à peine un an « tu en as de la chance petite, tu va voir une politique de gauche ». J’aurais mieux fait de boire moins d’alcool, et de conserver ma lucidité qui m’avait fait mettre un bulletin à votre nom sans conviction.

Voilà maintenant près d’un an et demi que vous êtes au pouvoir. Vous avez pour vous l’Assemblée Nationale et le Sénat.

Qu’avons nous vu ?

Tout d’abord des renoncements. Pas de grande réforme fiscale, telle que proposé par exemple par Monsieur Piketty – et dont votre programme s’était inspiré. Pas de véritable renégociation du TSCG, et notamment de la suppression de cette règle stupide visant à définir par avance le maximum de déficit autorisé, empêchant tout politique publique d’envergure.

Ce fut aussi la trahison de l’accord – déjà bien maigre – que votre parti avait signé avec EELV. Une seule fermeture de centrale nucléaire – et encore, en 2016, c’est à dire juste avant qu’une éventuelle alternance puisse la rallumer. Rien sur la proportionnel, la limitation du revenu des traders…. et je ne parle pas encore des décisions non seulement ne respectant pas l’accord, mais allant a rebours… j’y viens

Il y a eu ensuite toutes les lois visant à satisfaire le patronat et le capital :
- ANI
- Credit Impôt Compétitivité emploi qui concerne essentiellement des multinationales non soumis à concurrence (typiquement les supermarchés)
- Loi sur l’Enseignement Supérieur et la Recherche, qui soumet encore plus la recherche aux « impératifs de l’économie », puisque c’est désormais clairement inscrit dans ses objectifs.
- Loi sur les retraites qui rallonge le temps de travail, alors même que l’on sait que depuis 1981, 3% du PIB est passé des revenus du travail à ceux du capital, et qu’un rééquilibrage suffirait à rétablir les comptes des caisses de retraite. Loi surtout qui va à l’encontre des valeurs de la gauche, consistant à partager le travail pour que tous aient un travail, et pour refuser de soumettre la vie à une « valeur travail » qui profite essentiellement à ceux qui tire bénéfice du travail des autres, à savoir les actionnaires.

N’oublions pas non plus la manière dont le parlement est considéré, lorsque l’on fait, par exemple, revoter les députés sur un amendement auquel le gouvernement s’oppose.

Il y a enfin le non changement dans la politique d’immigration.

Mais tout ceci, me disais-je, c’était de la timidité, de la crainte, ce n’était pas une conviction profonde que vous aviez.

Et puis est venu l’affaire Léonarda. Et votre stupéfiante déclaration.

Qu’y apprend-t-on ? Que prendre en compte les situations particulières, c’est séparer une famille ? On retrouve là l’attaque classique du FN et de l’UMP contre le droit à la vie privée et familiale qui se traduit par les attaques contre les titres de séjours par regroupement familial.

Qu’y entend-t-on également ? Que « la force de la loi est la condition pour qu’il y ait à la fois une politique d’immigration et une politique de sécurité, que chacun peut comprendre » (2:58). Autrement dit, que les objectifs d’une politique d’immigration serait contraire à ceux d’une politique de sécurité. Que l’immigration est incompatible avec la sécurité.

Voici donc un président de la République, un ancien candidat socialiste, qui défend la thèse fondamentale du FN national : Immigration = Insécurité.

En 2012, je m’étais dit que dans le cas d’un duel UMP-FN au second tour, je m’abstiendrais, car le discours sur l’immigration est fondé sur cette assimilation entre immigration et insécurité et sur cette notion qu’il y a des gens qui, parce qu’ils sont nés à endroit donné, on le droit d’y vivre, tandis que d’autres n’auraient pas le droit.

Je suis obligé de constater que votre discours reprend les même notions : identification entre immigration et insécurité, distinction arbitraire entre les humains selon leurs lieux de naissance. Votre parti est membre de la seconde internationale socialiste. De socialiste, votre politique économique montre qu’il en a perdu l’idée. D’internationale, votre discours, comme votre politique, le montre également, puisque au lieu d’unir contre ceux qui tirent profit de la crise en gagnant des sommes indécentes, vous préférez diviser entre les Français et les étrangers.

Votre politique économique aurait pu être mené par la droite au pouvoir. Votre politique migratoire aussi. Votre discours vient de confirmer cela.

Fidèle à mes convictions de 2012 qui me disait qu’entre deux discours nauséabonds sur l’immigration je refusais de trancher – c’est à dire de trancher entre l’UMP et le FN –, je me refuserai en 2017 à trancher entre deux discours nauséabonds.

Vous l’aurez compris : en 2017, ne comptez pas sur ma voix au second tour, face à un candidat UMP comme face à un candidat FN. Vous venez de montrer qu’il n’y avait plus de différence dans vos manières d’envisager l’immigration, perçue comme cause d’insécurité.

Maïeul Rouquette

ps : aimant à paraphraser une personne qui a su inspiré mes convictions, je rappellerais que « la loi est faite pour l’homme et non l’homme pour la loi ». Quand des lois brisent des vies, ce sont les lois qui doivent être changées, pas les vies.


Commentaires

1 Le dimanche 27 octobre 2013 à 10h58 par La soeur ainée

Moi j’ai été bien naïve, bien que plus âgée que toi.
J’y ai cru. Vraiment.
Et j’ai dit à un ami dont l’enfant est né la veille du second tour « qu’il avait bien de la chance de naitre sous un nouveau gouvernement ».
C’est fini. Je ne mettrais plus de bulletin PS dans l’urne.

2 Le mardi 11 novembre 2014 à 13h05 par spipfactory

Je me demande si tous simplement l’ensemble des partis politique ne font plus qu’un.

Et je pense avoir découvert a 52 ans que la gauche est morte et que le parti au pouvoir et le parti de la finance.

Il s’avère quand 2017, je n’irai pas aux urnes sauf si d’ici la un programme proposé me satisfasse ce que je crois pas.

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