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Maïeul Rouquette

Communierai-je ?

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samedi 3 novembre 2012 à 14h21

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Qu’est ce que la foi chrétienne ? C’est la rencontre personnelle avec Dieu en la personne de Jésus-Christ, qui a enseigné sur les routes, dans les villes et dans les campagnes, a été crucifié et est Ressuscité. Cette rencontre, d’autres que moi la vivent et l’ont vécu. Ils me la transmettent : c’est le mystère de l’Église qui rend grâce à Dieu pour ses actions. Cette rencontre, elle m’invite à agir, pour et avec mes frères et sœurs en humanité, dans l’espérance de l’accomplissement du Royaume, qui vient mais qui est déjà là, semblable à un grain de moutarde qui grandi, ou au levain dans la pate.

Voici en quelque mot ce qu’est la foi chrétienne. Je ne dis pas son contenu, mais bien ce qu’elle est. Le contenu de la foi chrétienne, on peut l’écrire, le réciter, le formuler, on peut même hésiter dessus : c’est le rôle des confessions de foi et de la théologie. Mais la foi en elle même, on ne peut que la vivre.

Et cette fois, on la vit notamment dans l’action liturgique. Au cœur de celle-ci se trouve la communion eucharistique, avec toutes les paroles qui accompagne l’acte de manger et de boire le pain et le vin. L’eucharistie est le cœur de la liturgie car elle est l’acte qui manifeste la foi chrétienne, sous les cinq aspects que j’ai présenté en préalable :

  1. Elle est rencontre avec le Dieu-fait-Homme. Dans l’eucharistie, le croyant vit cette rencontre personnelle.
  2. Elle est rencontre avec l’Envoyé-Crucifié-Ressuscité et qui viendra : toutes les formules eucharistiques contiennent un rappel de la mission du Christ et aujourd’hui dans le rite latin elle contienne une anamnèse kerygmatique, par exemple « nous proclamons ta mort, nous célébrons ta Résurrection et nous attendons ta venue ».
  3. Elle est manifestation de l’unité de l’Église : d’où la prière pour les responsables ecclésiaux. L’un des textes les plus anciens sur l’eucharistie, en dehors du Nouveau Testament, est la Didaché. Elle contient ces paroles, qui magnifient le sens ecclésial de l’Eucharistie [1].

    Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes,
    a été recueilli pour n’en faire plus qu’un,
    rassemble ainsi ton Eglise des extrémités de la terre dans ton royaume.

  4. Elle est bien sûr action de grâce, c’est d’ailleurs le sens du terme eucharistein. En ce sens, elle est sacrifice non sanglant, sacrifice de prières.
  5. Elle est invitation à l’action pour la justice. La prière universelle va de pair avec l’eucharistie, le quatrième évangile ne parle pas d’institution eucharistique, mais du lavement des pieds, et l’Église a choisi de se baser sur ce texte pour la cérémonie rappelant le début de l’institution eucharistique. Le partage du pain entre chrétiens est l’invitation au partage du pain entre humains.
  6. Elle est anticipation du festin eschatologique : « Je vous le déclare : je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, avec vous dans le Royaume de mon Père. » (Mt 26, 29). En buvant le fruit de la vigne et en mangeant le pain de la terre, les chrétiens anticipent ce temps eschatologique.

Dans tout cela, l’aspect ecclésial est sans doute le plus complexe. Car d’une même rencontre avec le Christ Ressuscité peuvent naître des conceptions du monde, de la société, de l’Église divergentes : d’où notamment la division des chrétiens.

Dans quelle mesure ces divergences sont-elles clivantes, fondamentales ? Voilà qui suscite débat théologique : ainsi pour l’Église Catholique Romaine, la structure épiscopale de l’Église fait partie du contenu de la foi, tandis que pour les protestants, elle n’est qu’une modalité possible de l’Église, qui se définit par le fait de prêcher le Christ et célébrer les sacrements.

En conséquence de quoi, l’Église catholique romaine considèrent les Églises protestantes comme n’étant pas tout à fait des Églises, et en tout cas ne partageant pas suffisamment de foi pour qu’une communion eucharistique commune régulière soit possible : procéder à une telle communion serait trahir le sens de l’Eucharistie, qui est signe de l’unité ecclésiale, qui n’existe pas encore entre protestants et catholiques romains [2].

Aujourd’hui je m’interroge. Quand je lis des catholiques qui assimilent l’homosexualité à l’inceste, quand je les entends appliquer à certains passages bibliques des méthodes qu’ils n’appliqueraient pas à d’autres, en oubliant toute contextualisation historique – et par conséquent en niant l’Incarnation – je me demande si je peux dire que j’ai au fond le même contenu de foi.

Surtout quand je vois sur le site des l’évêché de Paris les liens vers des manifestations sur un sujet politique – le mariage pour tous. Que l’Église catholique romaine soit contre l’accès des homosexuels au mariage pour tous, je l’admet même si je suis en désaccord. Mais elle est aussi, en tout cas dans son discours, pour l’accueil digne des migrants, pour la dignité des personnes dans la rue. Or je n’ai jamais vu sur le site de l’évêché de Paris des prises de positions contre la traque au sans papier allant jusqu’à l’appel quasi direct à manifester. J’ai le sentiment d’un poids – deux mesures.

Quand encore aujourd’hui un évêque déclare qu’être chrétien implique nécessairement de s’opposer au mariage pour tous, je me dis que la coupe est pleine.

Alors, même si cette Église catholique romaine m’a transmis ce qu’elle avait de meilleur aujourd’hui je n’arrive plus à savoir si j’ai réellement la même foi qu’elle.
Bien sûr, il y a des exceptions, par exemple le père Jonathan, ou bien ces camarades des jeunes écologistes que je sais frères-sœurs en Christ unis dans le même baptême, avec qui j’ai échangé ce week-end sur la douloureuse question du rapport entre notre foi, notre engagement militant et notre engagement ecclésial.

Alors, par respect pour l’Eucharistie, je me demande : communierai-je la prochaine fois que j’irais à la messe ?

Dans l’attente, je me contente d’un curieux constat : mes disputes avec mes frères et sœurs catholiques sur le mariage pour tous m’ont rafraichi dans ma vie spirituelle, m’ont re-incité de prendre le temps de dialoguer avec le Christ – car à force de savoir qu’il était à mes côtés au cours de mon pèlerinage terrestre, je finissais par ne plus lui parler.

[2Même si cette unité peut être anticipée dans certains lieux et occasions : d’où les exceptions à la règle du non partage eucharistique


Commentaires

1 Le dimanche 4 novembre 2012 à 20h37 par Le Bedeau

Très heureux de trouver votre texte et votre blog. Car ce que vous écrivez, je le ressens complètement (et ne suis sûrement pas le seul).

Il y a d’une part une exaspération face à ce « deux poids deux mesures » dont vous parlez. Même si je suis conscient qu’une parole ecclésiale contre le mariage homo sera beaucoup plus médiatisée que celle qui défend les sans-papiers, je ne peux m’empêcher de penser que l’Eglise n’avait jamais engagée autant d’énergie dans une cause de société. Et qu’il y a décidément un rétrécissement du champ de la pensée catholique : comme si être chrétien se réduisait à penser la famille et la sexualité, oubliant tout le reste du monde qui nous entoure.

Il y a aussi un certain désarroi à se sentir doublement honni par les siens, lorsqu’on est socialiste et catho...

2 Le dimanche 4 novembre 2012 à 20h38 par Le Bedeau

(suite du com précédent, je suis bavard !)
Mais si je reste, c’est d’abord parce que je crois que l’Eglise ne se réduit pas à son aspect ecclésiastique, et que, si dans son incarnation humaine elle peut être faillible, elle n’en demeure pas moins participation au corps du Christ. Après tout, rappelons-nous la question du Donatisme : même avec un « mauvais » prêtre, Christ est présent dans l’Eucharistie.

J’ajouterai : tant qu’il y a le kerygme, ce qui nous lie est sûrement plus fort que ce qui nous sépare. Car ce qui nous sépare peut être débattu, contesté, modifié. Mais ce qui me lie à cette Eglise catholique et romaine, sur laquelle j’aurais tant de critiques à faire, dépasse les contingences. D’accord, c’est un acte de foi - je le pose comme tel.

C’est aussi parce que ce genre de débats me fait découvrir des amis, des réflexions, des textes (comme les vôtres) qui raniment fortement une foi parfois défaillante ou, du moins, paresseuse. Et en cela, je rejoins totalement votre dernier paragraphe.

3 Le dimanche 4 novembre 2012 à 20h54 par Maïeul

Oui, je comprend votre position, elle a même était mienne pendant un bout de temps. Mais puisque l’Eglise Catholique Romaine considère que la communion est signe de l’unité au delà même du kerygme (car sinon il n’y aurais pas la non communion des non catholiques, puisque les accords œcuméniques ont permis de dépasser la question du mode de présence du Christ) et que je crois que c’est un aspect à ne pas négliger, je m’interroge.

Ne vaut-il pas mieux marquer sa différence, quitte à y revenir lorsque le vent du mariage gay sera retombé. Après tout l’histoire de l’Eglise nous ancienne que les ruptures de communion ont pu se manifester à un moment et se guérir après.

4 Le mercredi 7 novembre 2012 à 23h03 par Le Bedeau

Unité au-delà du kerygme, certes, en ce sens qu’elle comprend également une certaine ecclésiologie et surtout les sacrements - d’où l’intercommunion possible avec les orthodoxes. Mais, que je sache, le refus du mariage homo n’a jamais fait l’objet d’un dogme pontifical, donc je ne pense pas sortir de l’unité catholique en ne partageant pas l’opinion du clergé sur ce point.

A mon sens, l’histoire de l’Eglise est trop remplie de contradicteurs, parfois contraints au silence mais se considérant toujours catholiques, pour la réduire à une pensée unique, façon secte. Que serait la pensée catholique sans les Lagrange, Maritain, Lamennais,etc. ? Je ne crois pas que l’unité ait jamais voulu faire disparaître la diversité. D’ailleurs, cela nous laisserait une Eglise bien triste, bien sclérosée, si les gens comme vous partaient en masse !

Enfin, les ruptures peuvent se guérir, mais parfois, c’est long... Le nestorianisme, combien de siècles avant la réintégration ?

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