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Maïeul Rouquette

Ras le bol ...

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lundi 3 mai 2010 à 20h41

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Hier, je me suis disputé avec un copain sur le rôle du ministère de Rome. J’essaie d’habitude de poster des messages raisonnés et argumentés, mais là, j’en peut plus. Je pousse un coup de gueule. Et comme ce n’est pas argumenté, je ferme les forums. Ceux qui voudront me faire part de leur propos m’enverront un email… je garantis pas de répondre.

Marre, marre, marre. J’en ai marre de cet adjectif de Romain affublé à mon Église. Ce pape de Rome qui est censé être un ministère d’unité, et qui finalement est plus un problème qu’autre chose [1] : par son poids trop important, il ne peut que créer polémique, quelque soit ces propos. Si seulement le pape n’avait pas autant de poids, l’Église catholique ne serait pas aussi divisé [2].

Marre d’entendre des catholiques romains défendre le pape par principe, parcequ’il est pape et qu’il ne peut donc se tromper et que les médias sont tous des « papophobes ». Marre de cet oubli de l’Esprit critique (et le E majuscule est volontaire) sous prétexte que c’est la foi, et qui si tu critique une manière de la dire, tu n’es plus croyant, tu n’a pas la foi et tu n’es qu’un intellectuel.

Marre de ces institutions [3] qui brisent des êtres humains, censurent des tentatives de dire avec les mots d’aujourd’hui la foi d’hier.

Marre de ces gens qui disent que si on ne dit pas « transsubstantiation » on ne croit pas que Christ est présent dans l’Eucharistie.

J’en ai marre de cette Église qui se prend pour un navire alors qu’il n’est qu’une barque. Marre de ce système de curie et de congrégation. Marre de ce centralisme qui fait croire aux non catholiques que la foi catholique se vit à Rome.

Et pourtant, pourrais-je quitter cette Église ? Mais pour aller où ?

Devenir protestant ? Non, je n’adhére ni à la sotériologie, ni à l’anthropologie protestante. Je n’aime pas le culte réformé, trop sec, trop peu incarné. Devenir vieux catholiques ? Vu le nombre qu’ils sont en France … Et pour l’orthoxie, je crois que je suis trop éloigné de ce niveau de spiritualité.

Et puis j’aime le Frat, l’action catholique, l’aumônerie de l’enseignement public. J’ai passé sans doute les meilleurs moments de ma vie grâce à cette Église. Et pourtant je suis las, très las. Comme beaucoup, j’ai envie de claquer la porte. Mais la claquer, ce serait donner raison à ceux qui confonde Église catholique et système pyramidale hiérarchique romano-centré.

Et finalement, y a-t-il une Église qui puisse convenir à tout le monde ? Non car

On ne saurait faire le compte des communautés chrétiennes qui ont fait faillite pour avoir vécu d’une image chimérique de l’Eglise. Certes, il est inévitable qu’un chrétien sérieux apporte avec lui, la première fois qu’il est introduit dans la vie de la communauté, un idéal très précis de ce qu’elle doit être et essaye de le réaliser ? Mais c’est une grâce de Dieu que ce genre de rêves doive sans cesse être brisé. Pour que Dieu puisse nous faire connaître la communauté chrétienne authentique, il faut même que nous soyons déçu, déçu par les autres, déçu par nous-mêmes. [...] C’est pourquoi seule la communauté qui ne craint pas la déception qu’inévitablement elle éprouvera en prenant conscience de toutes ses tares pourra commencer d’être telle que Dieu la veut et saisir par la foi la promesse qui lui est faite. Il vaut mieux pour l’ensemble des croyants, et pour le croyant lui même, que cette déception se produise le plus tôt possible. Vouloir à tout prix l’éviter et prétendre s’accrocher à une image chimérique de l’Eglise, destinée de toute façon à se "dégonfler", c’est construire sur le sable et se condamner, tôt ou tard à faire faillite.

(…)

Nous devons bien nous persuader que, transportés à l’intérieur de la communauté chrétienne, nos rêves de communion humaine, quels qu’ils soient, constituent un danger public et doivent être brisés sous peine de mort pour l’Eglise. Celui qui préfère son rêve à la réalité devient un saboteur de la communauté, même si ses intentions étaient, selon lui, parfaitement honorables et sincères. Dieu hait la rêverie pieuse, car elle fait de nous des êtres durs et prétentieux. Elle nous fait exiger l’impossible de Dieu, des autres et de nous mêmes. Au nom de ce rêve, nous posons à l’Eglise des conditions et nous nous érigeons en juges sur nos frères et sur Dieu lui-même. Notre présence est pour tous comme un reproche perpétuel. Nous ressemblons à des gens qui pensent qu’ils vont pouvoir enfin fonder une vraie communauté chrétienne et qui exigent que chacun partage l’image qu’ils s’en font. Et quand les choses ne vont pas comme nous le voudrions, nous parlons de refus de collaborer, quitte à proclamer que l’Eglise s’écroule lorsque nous voyons notre rêve se briser. »

Dietriech Bonhoeffer, De la vie communautaire

Alors, cesser de de chercher l’Église parfaite et s’en remettre à la grâce de Dieu ? C’est là où l’on voit le coût de la grâce.

On verra bien ce qui arrivera à la barque catholique romaine. L’essentiel reste le Christ et l’humain.

[1Et ceci est valable quelque soit le pape : une personne avec autant de poids ne peut que créer la division, qu’il soit conservateur ou progressiste

[2Car c’est une illusion de croire que c’est une Église unie

[3Curie, excommunication, congrégation pour la doctrine de la foi


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