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Maïeul Rouquette

Quelques remarques sur les pénuries de carburant

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vendredi 22 octobre 2010 à 22h50

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Je n’ai guère plus le temps d’écrire pour ce blog, plongé que je suis dans les questions de calcul de la date de Pâques entre le Ier et le IVe siècle, dans les problèmes de canonisation néo-testamentaire et de liturgie, et dans mes engagements à droite et (surtout) à gauche !

Ceci dit, je vais quand même faire quelques remarques sur la situation actuelle de quasi-pénurie de carburant liée aux grèves dans les raffineries, et plus généralement sur l’avenir du mouvement en cours - que, vous aurez deviné, je soutiens. Il ne s’agit pas d’un exposé construit, mais plutôt de notes et de réflexions.

La forte dépendance à l’égard de l’essence

Et oui ! C’est une première révélation : notre pays, et d’une manière générale la civilisation contemporaine est droguée à l’essence. Plus d’essence, et voilà que tout va de mal en pis.

Mais dites moi, je croyais que le nucléaire assurait l’indépendance énergétique de la France ? A zut, j’ai dû être mal informé. Pourtant c’est ce que tous les documents émanants de l’État disent ... quoi, on nous aurait roulés en confondant l’énergie et l’électricité ? Mince alors.

Espérons que quand le pétrole viendra réellement à manquer on n’en sera plus là. Mais pour cela, il faudrait aller vers une transformation écologique de notre économie. Or, on est encore loin du compte, la majorité ayant refusé de voter un projet de loi allant dans ce sens.

Il est vrai qu’une telle mesure demanderait de l’investissement public, et donc la fin des baisses d’impôts. Quelle hérésie économique ! Et pourtant certains proposent des budgets alternatifs. Mais chut ! C’est un budget qui augmente les taxes sur les revenus du capital... Et puis qui fait de la dépense publique. C’est le mal je vous dis ...

La minorité silencieuse

Certains que je ne nommerais pas disent qu’il est scandaleux qu’une minorité bloque toute l’économie du pays.

Pourtant, j’ai rarement entendu ces personnes dirent que cette minorité d’employés des raffineries permet à l’économie de fonctionner. En revanche, je les ai souvent entendu dire que ceux qui disposent de capitaux permettent à l’économie française de fonctionner et que c’est pour cela qu’il faut diminuer leurs impôts, sinon ils s’en iront ...

L’heure est peut-être temps de se rendre compte que les ouvriers avaient raison en 1967 de dire :

De notre peine est fait le monde
de nos mains nous l’avons construit
c’est par nous que la forge gronde
que le bois chante et l’acier luit...
 
(Extrait du chant De nos mains de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, rassemblement de 1967 - voir pièce jointe - )
Chant de « de nos mains »

Alors oui, je soutiens ces gens là, même si cela m’embête pour mes vacances. Il y en a assez qu’on défende toujours la minorité des détenteurs de capitaux, de ceux qui peuvent boursicoter, et qu’on oublient ceux qui travaillent, qu’on ne se rappellent d’eux que quand ils cessent de travailler.

Après tout, ce sont biens les marchés financiers, qui ne représentent qu’une minorité d’êtres humains, qui veulent nous imposer cette réforme sous menace de « dégradation de la note ». Réforme qui touchera une majorité de Français [1], et surtout touchera d’abord les plus précaires, les personnes dont le travail est le plus usant.

La suite du mouvement

La question de la suite du mouvement est à mon avis importante. Vers quoi peut-on aller ?

Je pense, à la fois comme théologien et comme historien, que l’avenir est ouvert, jamais écrit d’avance, et qu’il n’y a pas de fatalité.

Pour ce qui est de l’avenir à court terme cependant, je vais essayer de faire quelques pronostics, même si en général je suis assez mauvais à ce genre de chose.

- Le conflit va continuer à se radicaliser, parce que le gouvernement ne veut pas céder, mais aussi parce que, pour la première fois depuis 2006, les lycéens, les étudiants et les salariés sont unis sur une liste commune.
- Si le gouvernement n’arrive pas à forcer la main des employés des raffineries pour qu’ils travaillent, la pénurie de carburant va s’accroître. Espérons au moins que si cela n’arrive pas à les faire plier, cela les fera réfléchir à l’urgence d’une conversion écologique de l’économie, et donc à l’arrêt de plusieurs projets anti écolo, par exemple l’aéroport de Nantes ou le contournement routier de Strasbourg [2] et à l’investissement massif dans les transports en commun et la relocalisation de l’économie. Mais je ne sais pas pourquoi, je ne fais pas trop confiance à Sarkozy, Fillon et co pour cela.

Libération du 23 octobre 2010

- En ce qui concerne le mouvement lycéen / étudiant, je pense qu’il va continuer, en dépit des vacances de Toussaint. Et c’est tant mieux, parce que la retraite est aussi une affaire de jeune. Bien sûr, je n’exclue, a priori, pas que certains manifestent pour sécher les cours, mais honnêtement, quitte à sécher les cours, pourquoi aller dans la rue ? Surtout en plein hiver.
- Si les employés des raffineries tiennent le coup, alors on arrivera à une solution semblable à celle du CPE en 2006 : vote du projet de loi, puis son retrait.
- Sinon, je crains que la gauche n’accomplisse pas en 2012, si alternance il y a, sa promesse de revenir dessus. Ne serait-ce que parcequ’il y a déjà tant de chose qu’il faudra reconstruire ... Enfin, bon, 2012 c’est encore loin.

Ps : il va de soit que je supprimerai tout message non constructif, du style « le gouvernement à raison » ou bien « on est pris en otage ». Cela s’appliquera aussi, par souci d’équité, au message du style « oui tu as raison » ou « tous ensemble on peut faire plier le gouvernement ». Ce style de message, on en trouve partout sur internet, alors si vous plaît, apportez quelque chose d’utile, un minimum de réflexion.

[1Sur la question de fond de cette réforme, je renvoie aux sites de toutes les organisations qui y sont opposées. En particulier il y a un tract sur le site de l’Unef qui fait un historique des réformes menées par les divers gouvernement de droite et de leurs conséquences sur le niveau des pension. Sur la possibilité d’alternatives, je renvoie par exemple aux tracts, plutôt bien faits, d’Europe Ecologie.

[2Sans parler de celui de Melun, qui ne verra heureusement sans doute jamais le jour.

[3Ce qui n’exclut pas qu’un jour un référé aille jusqu’au bout.


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