Salut à tous, dans l’Amour et la Charité du Christ,
Ce petit message rapide, pour vous dire qu’élevé dans le milieu lefèvriste, j’en ai pris mes distances, pour me rapprocher de l’église officielle. Le résultat est que je suis très critique sur les deux rites, les connaissant bien tous deux (ou plutôt d’un côté le tridentin, et celui de chaque chapelle pour le moderne, puisque chacun fait plus ou moins à sa sauce, car, pour reprendre Bossuet à propos des protestants du XVIIème siècle, tout progressiste est un pape, les décrets du concile Vatican II à la main) et voyant bien quels en sont les qualités et aussi les défauts, sur lesquels j’insisterai surtout :
1) Le tridentin, parce qu’effectivement, il a quelque chose de froid, l’insistance étant mise sur la majesté de Dieu, aux dépends de l’humanité du Christ, avec des incohérences internes et externes (comme le fait que le prêtre dise "oremus" après le credo, puis plus rien, alors qu’avant, c’était le prélude aux prières universelles, disparues avec le temps puis rétablies avec Vatican II, "pater noster" dit par le prêtre seul, alors qu’il a dit juste avant "audemus dicere", "nous osons dire", la paix échangée juste entre les officiants, si ce sont des prêtres...) un côté militaire uniforme, l’emploi d’une langue incompréhensible, si on n’a pas envie de comprendre le sens des paroles (mais c’est la même chose après tout pour une chanson actuelle en Anglais)...
2) Mais aussi le moderne, avec une absence du sacré, une assemblée clairsemée et vieillissante, un prêtre qui ne sert plus à grand chose, des chants qui changent d’une paroisse à l’autre (j’en sais ce que je dis, ayant passé l’année écoulée à quasiment chaque week-end aller dans une ville différente, où j’ai cru "halluciner" de devoir à chaque fois découvrir quelque chose de nouveau, et je ne parle pas des excursions à l’étranger, qui font douter de l’unviversalité de l’Eglise, chacun utilisant uniquement sa langue, parfois pour des raisons nationalistes et donc bien peu "catholiques" au sens propre, c’est-à-dire "universelles"...), chants ayant bien vieilli en trente ans d’existence, hérésies en tout genre proférées par les fidèles, qui ne connaissent plus rien, voire même par le prêtre, qui a remplacé le culte de Dieu par celui de l’Homme...
Bref, d’un côté, il y a plutôt un côté vétéro-testamentaire, un peu pharisien, avec insistance sur la loi, une vision de Dieu un peu vengeur, le dieu des armées, de l’autre un côté néo-testamentaire, un peu marcionite (un hérésiarque du 2ème siècle, qui voulait expurger le christianisme naissant de ses origines juives), avec insistance sur l’Amour, au nom de quoi on fait n’importe quoi (l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions)... Pourtant, les deux testament sont inséparables, de même que l’Amour et la Loi, que Jésus n’est pas venu abolir mais accomplir. Autrement dit, l’ancienne liturgie est un trésor dans lequel il faut puiser, au lieu de la garder jalousement et frileusement pour les "tradis", la reléguer dans un musée de façon hautaine et pleine souvent d’inculture pour les "progros"
Je pourrai continuer longtemps la litanie, mais préfère faire une proposition : à mon avis, l’idéal est toujours dans le juste milieu, entre ceux qui s’arc-boutent à une tradition idéalisée et figée en 1962 et les autres ayant fait du passé table rase, éradiquant en gros tous les anciens chants et la sollennité de l’ancienne liturgie, au profit d’une autre dépouillée souvent ridicule et triste où les servants de messe, pourtant symboles de la participation des fidèles, ont souvent disparu purement et simplement, de toutes façons un jeune préférant toujours aller s’éclater en boîte que s’embêter à une célébration poussive qui ne donne pas envie de donner sa vie pour cela.
Bref, de même que Jésus est à la fois vrai Dieu et vrai Homme, la messe est à la fois une communion fraternelle mais aussi un sacrifice, chacun des rites insistant sur une des deux composantes, au détriment de l’autre, le tridentin se rapprochant de la divine liturgie des orthodoxes, où l’assisatnace pour le coup est passive mais le rite superbe, le moderne des innombrables rites protestants, dont l’absence de sacré a vidé bien des temples aujourd’hui dans les pays du nord, Dieu ayant été évacué de la sphère publique.
Je pense également qu’il est bon de conserver d’un côté linguistique les liens qui nous unissent aux Juifs dans tous les "amen", "alleluia"(après tout, on pourrait traduire "acclamons Dieu !"), "Hosannah", "Sabbaoth"..., le "kyrie eleison" en Grec, trait d’union avec nos frères séparés d’Orient, rappel du fait que le Grec a été la langue des premiers chrétiens, le Latin, tout en utilisant généreusement les langues vernaculaires, tendance plus protestante.
L’église se doit d’être un point d’équilibre et le pivot vers lequel tous portent leur regard, et non pas tomber sous la coupe des excités du tout Latin ou du tout vernaculaire, du tout mauvais dans le moderne, du tout mauvais dans l’ancien...
Voilà, beaucoup d’entre vous ne serons peut-être pas d’accord, mais c’est comme cela. Je trouve en tout cas que notre pape, à qui nous devons respect et obéissance en raison de la charge écrasante dont il a la responsabilité, conduire la barque de Pierre, ce qui n’empêche pas d’avoir l’esprit critique, a tout a fait raison de vouloir faire la critique du concile, et surtout des déviances en rapport avec l’état d’esprit de l’époque, marqué par l’utopie, le développement de l’individualisme forcené et le refus de toute autorité.
Par pitié aussi, arrêtons pour les uns de faire comme si Vatican II était l’abomination des abomination, alors qu’en gros, tout ce qui y est écrit y est très bien, même si les dérives sont là, et bien là, pour les autres de faire comme si l’église commençait en 1962, ce dont on a vraiment l’impression, à entendre parfois certains discours, et qu’avant, c’était l’horreur.
Vive donc la tradition vivante, et les strates qui s’accumulent les unes sur les autres, sans se détruire au fur et à mesure, un peu comme ces somptueux bâtiments italiens, temples à la base, avant d’être transformés en église où tous les styles successifs s’enchevètrent, ce qui leur donnent leur beauté.
Prions bien les uns pour les autres, l’unité des Chrétiens, et en premier lieu des catholiques, et tous les hommes de bonne volonté.
Salut les kids, et peace and love (mais dans le Christ bien sûr)