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Maïeul Rouquette

Empreinte écologique et Genèse

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lundi 8 janvier 2007 à 22h20

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On entend souvent dire - ou l’on dit souvent - que la culture judéo-chrétienne, en donnant un rôle prépondérant à l’Homme (avec un grand H), participerait à l’exploitation de la Nature par ce dernier.

Loin de moi de récuser en bloc cette idée, il suffit de voir comment le capitalisme protestant s’est développé, cependant n’oublions pas que dans d’autre culture l’Homme aussi domine sur la Nature, même s’il ne le fait pas à la mode "occidentale".

Par ailleurs, je pense - peut-être que je me trompe - que bon nombre de chrétiens et de juifs sont loin d’être favorable à cette domination.

Une petite relecture du début de la Genèse peut être intéressante. Il existe deux textes de la création, le premier dans l’ordre de lecture, mais le plus récent dans l’ordre d’écriture, est celui des "sept jour" (Gn 1-2,4). Le seconde, plus ancien, est celui de la création du jardin d’Eden (Gn 2,4 - 2,25).

Il est bien évidement que ni l’un ni l’autre n’ont de valeur historique, quoiqu’en disent certains intégristes [1].

Je commencerais par le deuxième récit.

L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint un être vivant. (Gn 2,7)

Il est à remarquer que seul l’Homme à droit à cet faveur [2]. L’Homme est animé d’un souffle de vie. Ces se souffle de vie qui lui permet d’établir des relations proprement humaine (amitié, amour).

Malgré toute les bêtises que fera l’Homme, ce souffle de Vie restera. Après tout, si l’Homme est responsable de crises écologiques graves, il a aussi la conscience, certes tenue, de sa responsabilité.

L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme.

Et l’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs ; mais, pour l’homme, il ne trouva point d’aide semblable à lui. (Gn 2,19-20)

On remarque ici que c’est l’homme qui donne un nom. Donner un nom, c’est exprimer une sorte de domination.

Il était souvent d’usage que le père donne le nom de son enfant, le reconnaissant ainsi comme sien [3], avec toute les règles de rapport parent/enfant qui en découlent [4].

De même, dans Robinson Crusoé, ce dernier donne un nom à Vendredi, et celui-çi en devient plus où moins le serviteur [5]

Il est d’ailleurs à noter que dans la version suivante de la création, c’est Dieu qui nomme plus ou moins tacitement.

Revenons au premier récit, le second dans l’ordre chronologique

Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. (Gn 1,28)

Il s’agit bien là de l’expression même du reproche exprimé plus haut.

Pourtant,si Dieu accepte que l’Homme domine sur la création, il refuse cependant qu’il la détruise , car à chaque acte de création qu’il a fait, il « a vu que cela était bon ». En d’autres termes, il peut en user, et non pas en abuser.

Le Végétarisme, idéal ?

Et Dieu dit : Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture.
(Gn 1,29)

Les premiers homme semblent donc végétariens. Pour ma part, je ne suis pas végétarien, comble de l’horreur, je suis même amateur de foie gras.

Quelques écologistes sont végétariens, certains par souci d’éviter de faire souffrir les bêtes, d’autre pour des raisons plus terre à terre : la production de viande est fortement consommatrice de ressources naturelles, et peut poser des problèmes, tel que celui du Soja en Amérique Latine .

Mais Dieu abandonne assez vite le végétarisme, il autorise les hommes, à contre-cœur sans doute, à manger de la chair.

Vous serez un sujet de crainte et d’effroi pour tout animal de la terre, pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et pour tous les poissons de la mer : ils sont livrés entre vos mains.

Tout ce qui se meut et qui a vie vous servira de nourriture : je vous donne tout cela comme l’herbe verte.

Seulement, vous ne mangerez point de chair avec son âme, avec son sang. (Gn 9, 2-4)

De là vient sans doute la justification théorique d’un certain nombre de tabous alimentaires juifs, tel que la pratique de la viande kasher.

On tend maintenant souvent à interpréter cela comme le refus de la souffrance inutile envers les animaux. Ainsi, les élevages industrielles ne plairait surement pas à Dieu - si l’on attache une importance forte à ce texte.

Petit bilan

S’il semble clair que les textes de la Genèse établit une certaine domination de l’homme sur la nature, l’abus en est déconseillé, traduit en langage moderne, l’empreinte écologique doit être limitée.

Ceci n’est qu’une lecture parmi d’autres possibles de ce texte, écrit par des hommes d’il y a très longtemps, relut à lanterne des problèmes du 21e siècle.

Et sur ce, je souhaite une bonne année à tous mes lecteurs-trices [6]

Ps : le titre de cet article est pourri, si vous en trouvez un autre, je suis preneur.

[1ou devrais-je utiliser un autre terme, on me reproche parfois de mélanger intégristes et traditionalistes ?

[2encore que plus loin dans la Genèse, cela change, cf 7,22. Mais il semblerait que le passage se rapproche plus de Gn 1, comme le suggère le parallèle dans la classification des êtres vivants

[3on peut d’ailleurs regretter que désormais ce soit la clinique qui déclare l’enfant à la mairie

[4« Les enfants doivent respect et obéissance à leurs parents. Même émancipés, ils sont tenus d’en prendre soin dans leurs vieux jours, si leurs facultés mentales sont altérées ou s’ils sont malades, et de pourvoir à leurs besoins à tout moment où leur assistance est indispensable. Les autres ascendants ont les mêmes droits en matière de soin et d’assistance. », art. 266 du Code Civil

[5Si je me trompe, corrigez moi. Ma connaissance de Crusoé se limitant à « Vendredi ou la Vie Sauvage » de Michel Tournier, lu il y a un certain temps.

[6lecteursTRICEs pour faire comme chez les Verts ;-)


Commentaires

1 Le mercredi 10 janvier 2007 à 12h33 par Hélène Lipietz (Site)

Mon cher fils,

Je crois que tu dois aller encore plus loin dans ton analyse…

  1. Dieu prend le temps de regarder ce qu’il a fait : l’Homme, en dominant la nature, n’a jamais pris ce temps de recul pourtant fondamental pour savoir dans quel sens continuer.

Une démarche « agenda 21 » impose une analyse du passé, un bilan. Et je me bats au Conseil régional pour la pratique des bilans, notamment sur la vidéosurveillance.

  1. Dieu voit que ce qu’il a fait est bon, donc il se repose : le repos de Dieu m’a toujours fasciné : homme à l’image de Dieu, et non pareil à Dieu, nous ne savons prendre le temps de ce repos. Certains font Sabah, certains veulent le repos dominical...

Mais c’est parce que Dieu a fini sa tâche première, être « souffle de vie » qu’il se repose, avant d’affronter un autre rôle : celui d’être Père-Mère de ses enfants qu’il va chasser du paradis, punition suprême et qu’il va tenter, par ses patriarches, ses prophètes, son Incarnation, de ramener l’Homme vers un paradis perdu.

Or nous ne savons pas nous arrêter, pas simplement à date fixe, mais après toute tâche. Les Juifs avaient (ont) une pratique très bonne : l’année sabbatique, année où l’on s’arrête, où l’on prend le temps de réfléchir à l’avenir. Notre législation en droit du travail le permet, mais qui a les moyens de le faire ? La durée de mon mandat est sans doute une grande année sabbatique où je peux réfléchir, pour l’immédiateté, , pour l’avenir.

Mais il ne faut pas rester dans ce sabbat, comme le font certains qui se consacrent à la prière, juifs, chrétiens ou musulmans et je crois aussi hindous ou bouddhistes, il faut agir…

C’est vrai, je n’aime pas prier…Sauf en commun, par exemple lors de la magnifique messe de l’Epiphanie de Dimanche dernier que tu animais avec les jeunes… Le Notre père chanté fut empli de l’Esprit Saint.

  1. Enfin, il ne faut pas oublier le Déluge : Dieu a donné pour mission à Noé de sauver chaque espèce vivante. C’est pourquoi nous avons déjà trahi Dieu et que nous le trahissons à chaque fois qu’une espèce disparaît
    Bref, tu le sais, mon engagement écolo trouve sa genèse dans ma Foi.

Ta Mère

2 Le dimanche 14 janvier 2007 à 2h54 par Alain

Cher Maieul

Ces textes de la Genèse et encore plus ceux du livre d’Isaie (« les montagnes seront aplanies, et les vallées comblées ») dont certains passages sont de la même époque (le Livre d’Isaie a été écrit en un demi millénaire et la Genèse est plutôt contemporaine de la fin, genre IVe siecle) traduisent d’abord et avant tout la mentalité de l’époque. Ils sont incontestablement post exiliques donc assez mazdéens (religion des Perses, qui leur ont transmis la prohibition de la viande dans son sang) avec peut être déja des incrustations hellénistiques.

En tout cas c’est bien d’eux que vient le productivisme de la « culture judeo-chrétienne ». J’ai du mal à y lire la moindre trace de limitation de l’empreinte écologique. Si donc un écologisme chrétien est possible, c’est par le seul biais de la solidarité des humains et non de la solidarité inter-espèces.

C’est déja pas mal !!

3 Le dimanche 14 janvier 2007 à 11h29 par Maïeul (Site)

Cher Alain,

je ne conteste point que de ces textes viennent le productivisme, ni même la culture « judéo-chrétienne » (encore heureux !)

Je tente juste une ré-interprétation possible 2000 ans plus tard : il ne faut pas oublier que si toi et moi pouvons bien le situer dans le contexte de l’époque, pour beaucoup de personne, ces textes revêtent encore une très grande importance et il faut faire avec.

La limitation de l’empreinte écologique se retrouvent essentiellement dans l’idée que la création est belle, qu’elle est « divine » (on en retrouve des traces dans saint François d’assises). Et puis ce sont toute ces limites posée (le végétarisme par ex même si cela vient de la religion
mazdéenne)

Quant à la solidarité humaine, oui bien sur mais ce n’était pas ce qui me préoccupait à ce moment là (disons que je pourrais écrire une texte sur la solidarité humaine dans la bible, mais c’est relativement courant)

ps : s’agit-il d’Alain L. qui parle (celui qui m’a appris ce qu’était le deutero-Isaïe un jour à Avallon), ou bien Alain R. ou bien encore un autre Alain ?

4 Le dimanche 14 janvier 2007 à 21h27 par Alain Lipietz (Site)

C’est Alain L. (en principe c’est écrit dans le « Nom » du message)

Oui, il faut faire avec ; mais en les critiquant comme productivistes.

Je pense qu’il est important de comprendre que la religion elle même est perfectible et non « donnée d’un coup ». C’est un peu l’idée qu’il y a une première et une seconde Alliance, mais en plus chacune a évolué.

Les Hébreux n’ont compris que leur dieu (en fait ils en avaient deux , Yawhé au sud et Elohim au nord, et ils fusionnent aussi dans le livre d’Isaie, le plus grand et le plus beau... et le plus long à écrire des livres de l’AT) etait le Dieu de tous les hommes qu’avec en effet le Deutéro-Isaie. Mais ils le font sous l’influence des commissaires religieux Perses (Néhémie & Co) et ils « achètent » du meme coup l’idée que ce Dieu est le dieu du bien et qu’il est lumière, et qu’il a créé la déité du mal, qui est matière. L’arrivée des héllenistiques (et d’Aristote) ne va rien arranger...

Le Christ va sérieusement rectifier les choses, mais, comme tu dis, St François sera décisif (G. Duby dit que St François est la seule personnalité comparable au Christ lui-même dans l’histoire du christianisme , ce qui est doublement exagéré, mais...)

Bref, il est inutile de chercher St François dans la Génèse : il n’y est pas. Et en un sens c’est tant mieux. Ta présentation amusante que « Dieu cesse d’etre végétarien » (mais pour devenir quel ogre !) traduit d’ailleurs la même idée.

A la rigueur l’ecojudeochristianisme commence en fait plus tot, dans le commandement « Honore ton père et ta mère car tu en as reçu la Terre » (traduction approximative, mais c’est le sens profond, selon les exégètes récents)

5 Le vendredi 24 octobre 2008 à 16h03 par becker

a mon avis DIEU permais de manger de la viande car l’inperfection est desormais venue dant le monde. des hommes vue les consecanse qui a’.lais suivre comme les maladies il aurai falut de la force pour combatre les faibleses des hommes.

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